Goodmoods devient Beaubourg,  en savoir plus

    Fandom

    QG Fanzone
    MANIE Gatekeeping
    HABIT T-shirt de Merch
    ENNEMI Ticketmaster
    © Matthew Kavanagh / Nahmias

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    AVANT-PROPOS

    Le 19 juillet 2026, l'euphorie des supporters espagnols après la victoire en finale de la Coupe du monde a résonné jusque sous terre. Des sismomètres en Espagne ont enregistré des vibrations provoquées par les sauts et les cris de la foule aux moments décisifs du match contre l'Argentine. Quelques jours plus tôt, à l'Alpe d'Huez, plus de 600 000 personnes s'étaient massées sur la route du Tour de France, si nombreuses que le coureur Einer Rubio a été contraint d'abandonner l'étape après avoir percuté une voiture qui freinait pour éviter un spectateur. Cet été, le sport a rassemblé des foules et montré une nouvelle fois la puissance de l'émotion qu'il procure à ses fans.  

    Le mot « fan » est la forme raccourcie de « fanatique », issu du latin fanaticus : celui qui est habité par la divinité. À l'origine, le fan n'est pas un supporter, ni un consommateur de merch, c'est un possédé, hors de lui au sens propre. Un corps traversé par une force qui le dépasse.

    La contraction « fan » apparaît au XIXe siècle aux États-Unis pour désigner les spectateurs assidus de baseball. La ferveur se détache du sacré sans vraiment le quitter. En français, il n'a jamais trouvé de traduction. Admirateur est un euphémisme, et fanatique trop intense.

    Le mot s'est ensuite banalisé pour désigner tout passionné, sportif ou culturel. La musique vit aujourd'hui des tournées et du streaming, les fans s’arrachent les places de stades entiers en quelques secondes et propulsent un titre dans les classements billboards en organisant des écoutes massives. En témoignent les seize dates parisiennes de Céline Dion, vendues par tirage au sort face à une demande trop grande.

    Les passionnés de sagas comme Harry Potter font vivre l’univers des livres bien après qu’ils aient été achevés et génèrent un marché lucratif colossal. Au-delà de ce que l'industrie encaisse directement grâce au merch, billets, et live streams payants des célébrités, les fandoms produisent une économie parallèle : fan art, rencontres, lives entre fandoms. Ils s’organisent, font communauté et deviennent parfois une force politique et sociale. En 2020, des fans de K-pop et des utilisateurs de TikTok ont revendiqué avoir contribué à torpiller l'affluence d'un meeting de campagne de Donald Trump à Tulsa, en réservant en masse des places, sans venir. Côté gaming, le ZEvent, organisé chaque année par des communautés de joueurs pour lever des fonds au profit d'associations caritatives, transforme le marathon de jeux vidéo en mission solidaire : 32 millions d'euros récoltés cette année, un record.

    Cette généralisation du mot fan s'accompagne aussi d’une forme de disqualification, souvent misogyne, de l'admiration. De la Beatlemania hier, aux amatrices de Taylor Swift aujourd’hui, la fan est qualifiée d' « hystérique », ses émotions toujours de trop. Les fans sont sinon réduits à une masse agressive et violente, à l’exemple des groupes ultras de football ou encore de la querelle entre les supporters du PSG et de l’OM. La passion est vue comme un excès à contenir. 

    Une figure ainsi tantôt méprisée, tantôt vénérée. Car les industries culturelles cultivent le fandom pour fédérer. Les marques ont fini par suivre le mouvement, jusqu'à s'approprier son univers et ses codes pour capter cette ferveur collective et l'attacher à leur nom. Le client n'est d’ailleurs plus pensé comme un simple acheteur ponctuel. Il faut qu’il adhère à la marque. Il ne s’agit plus de construire une clientèle, mais de former une communauté. 

    Les fans ont gagné en pouvoir. Le « possédé » d'hier est devenu une force que l'on courtise, et dont les mécaniques sont désormais étudiées et exploitées.

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    PREMIER DÉCRYPTAGE

    La grande marchandisation de l'émotion

    • Texte
    • Soège Lecocq

    À mesure que l’émotion devient un produit à commercialiser, les marques s'approprient les codes du fandom pour capter la ferveur collective et l'attacher à leur nom. Résultat : les efforts des fans méthodiquement récupérés, les signes de dévotion deviennent des rituels de consommation.

    Le NBA 2K Market, une activation pensée à l’occasion de la sortie du jeu NBA 2K à Paris avec Victor Wembanyama comme égérie de lancement © 73shot / Yard


    ¹ Dan Herman, “Introducing Short-Term Brands: A New Branding Tool for a New Consumer Reality,” Journal of Brand Management 7, nº4 (2000): 330–340


    ² Andrew K. Przybylski, Kou Murayama, Cody R. DeHaan, and Valerie Gladwell, “Motivational, Emotional, and Behavioral Correlates of Fear of Missing Out,” Computers in Human Behavior 29, nº4  (2013): 1841–1848

    Dans une industrie culturelle où l'argent prime, où le merch est devenu signe de statut, la figure du fan a-t-elle été remplacée par celle du consommateur ?

    Depuis des années, la file d'attente, rituel social à part entière où l'on se reconnaît, est devenue une technique marketing. Après avoir régné sur la culture masculine du drop, elle domine sur la beauté et la mode féminine. Skims, Rhode, Gisou, Hôtel Mahfouf : une publication Instagram de ces marques suffit à créer une cohut qui booste les ventes. Ce mécanisme a un nom : le FOMO (Fear Of Missing Out), théorisé par Dan Herman dès 1996¹, puis popularisé par Andrew Przybylski (2013) dans ses travaux sur les réseaux sociaux². Il désigne un mécanisme d'anxiété sociale : la peur de ne pas vivre une expérience que les autres vivent, amplifiée par la visibilité permanente des pairs. Suivant cette théorie, les réseaux sociaux auraient transformé le fan et ses rituels en sujets visibles, partageables, enviables.

    ³ Zygmunt Bauman, Liquid Modernity (Cambridge: Polity Press, 2000

    Dans les années 1990-2000, se procurer des goodies à l'effigie de son chanteur préféré était simple : un bureau de tabac, un magazine de fan, et l'on repartait avec un poster ou un pin’s à accrocher dans sa chambre. Ces petits objets, anecdotiques en apparence, revêtaient une valeur sentimentale bien plus importante que sa valeur marchande. Aujourd’hui, la disparition de la presse adolescente va de paire avec l’apparition du personal branding. Les artistes, non seulement inaccessibles par leur popularité, deviennent eux-mêmes des marques : soit en créant des produits dérivés, soit en fondant leur propre griffe. On rêvait hier d'un poster de Selena Gomez ; aujourd'hui on s'arrache Rare Beauty. On se bousculait après un concert pour un t-shirt floqué ; aujourd'hui on fait la queue des heures devant le pop-up Radical Optimism de Dua Lipa à Amsterdam.

    Le sociologue Zygmunt Bauman parlerait d'une liquéfaction du fan³. Dans sa société liquide, le collectif s'efface au profit d'individus qui évoluent au gré de leurs envies. Dans une société où les identités sont fluides et les communautés éphémères, le merch devient le seul ancrage tangible d'une appartenance qui, autrement, ne durerait que le temps d'une setlist. Ce qui était un acte d'appartenance est devenu un signal de statut.

    Pop-up « GUTS » d'Olivia Rodrigo en association avec American Express et Spotify à New York © Mike Coppola

    Adidas, déjà omniprésente dans le milieu du sport, a poussé son omniscience en s’investissant activement dans la tournée de DeBÍ TiRAR MáS FOToS de Bad Bunny pour sa résidence à Madrid, commercialisant un maillot exclusif et des produits dérivés déclinés aux couleurs de chaque ville étape. Hier encore préservé, le monde de la musique moins rentable depuis la pandémie, ne fonctionne presque plus qu’au sponsoring. 

    Collection « DeBÍ TiRAR MáS FOToS », Adidas x Bad Bunny
    © Footdistrict

    Le même basculement s'opère dans l'industrie cinématographique. La société de production indépendante A24 a discrètement bâti depuis plusieurs années un écosystème marchand via son shop en ligne dédié où chaque film devient une ligne de produits : livres, vinyles, puzzles, porte-clés, vêtements... Le film Backrooms a même droit à son échantillon de papier-peint.

    Chiwetel Ejiofor dans le film Backrooms d'A24, 2026 © Asterios Moutsokapas

    Avec Marty Supreme, le studio indépendant A24 fignole sa stratégie : le merchandise-first. Avant que le film ne sorte en salle, des collaborations avec Nahmias, Golf Wang, Brain Dead et '47 inondent le marché, tandis que des pop-ups ouvrent simultanément à New York, São Paulo, Londres et Los Angeles. La pièce maîtresse : un coupe-vent color-block porté en boucle par Timothée Chalamet, et envoyé à Tom Brady ou encore Kendall Jenner, transformant ses porteurs en panneaux publicitaires vivants. Les prix suivent la logique du streetwear haut de gamme : 250 dollars le coupe-vent, 120 dollars le maillot, 30 dollars la paire de chaussettes.

    Timothée Chalamet pour la promotion du film Marty Supreme © A24/Mythology

    Dernier maillon de la chaîne, le gaming s'est joint à la partie lors de la sortie du jeu de basket NBA 2K, dont la couverture est incarnée par l’athlète français Victor Wembanyama. Pour le lancement, le pop-up immersif 2K Market mettait en scène le merch comme une petite épicerie américaine, avec des maillots et des shorts personnalisables. Tout le dispositif jouait sur le détournement des codes du supermarché pour rendre le merch beaucoup plus ludique et collectionnable.

      Le fanwear, du sport au café de quartier

      Théoriquement, un fandom peut se développer autour de n'importe quel domaine d'intérêt. Mais c'est dans le sport qu'il est le plus évident. Car il possède un capital que peu d'industries peuvent revendiquer : l'émotion brute, la dramaturgie, des communautés soudées par la passion, une capacité unique à transcender les frontières culturelles... Le terme de fanwear a naturellement été utilisé d'abord pour désigner les vêtements vendus par des équipes sportives.

      Jacquemus a habillé l’équipe de France de football lors de la Coupe du Monde 2026 (vestiaire d’avant-match) © Jacquemus / Nike

      D'ailleurs le foot fait figure de prescripteur dans le branding sportif. Les équipes travaillent leurs maillots et les tenues des joueurs avec finesse, poussant le dessin pour raconter le club et son histoire dans une esthétique toujours plus léchée. Le maillot Away du FC Versailles est par exemple inspiré des sols à cabochons utilisés depuis le XVIIIème siècle, tandis que le maillot L’Audacieux met en avant trois symboles forts : la fleur de lys, le soleil et logo Kappa.

      Collection EQT 26-27 d'Arsenal, Adidas

      Maillot L'Audacieux du FC Versailles © Lucas Colombo

      Aujourd’hui, le merch s’infiltre partout, même là où l’émotion n’est pas transcendante. Les marques tentent de déporter le sentiment d'appartenance vers d'autres types d'institutions. On porte aujourd'hui l'uniforme de son restaurant, de son café préféré. Les coffee shops parisiens (Cortado, Dose, Blondie) ont tous leur t-shirt floqué. Café Nuances propose son polo signé Dan Sablon pour la modique somme de 100€. Plus loin encore, le site Giftshop célèbre les institutions et bistrots parisiens sous forme de souvenirs désirables : tote-bag de l'hôtel Massé, chaussettes Bouillon Pigalle, t-shirt Au Pied de Cochon. Le fandom du quotidien a trouvé sa boutique.

        Le phénomène atteint son paroxysme sur Youtube : des boissons Ciao Kombucha de Squeezie aux chips Brosti de McFly et Carlito, les créateurs de contenu transforment leurs millions d'abonnés en parts de marché. Les deux marques ont provoqué à leur sortie, des chasses dans les rayons des supermarchés revendeurs. Coup de grâce : en juin 2026, l'usine qui produisait les chips a été détruite par un incendie. Les paquets restants sont devenus de véritables pièces de collection, revendus à prix exorbitants sur Vinted. Un sachet de chips à 2,49 euros était devenu, en quelques jours, un objet de spéculation. La logique du drop poussée à son absurde conclusion.

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        LE STORYBOARD

        Tous fans de
        Sarah Andelman

        Co-fondatrice et directrice artistique de Colette, concept store parisien de référence entre 1997 et 2017, Sarah Andelman a su faire naître les files d'attente et les ruptures de stock autour des marques et des objets qu'elle sélectionnait. C'est désormais à travers les livres qu'elle rassemble ses coups de cœur. Depuis 2021, elle édite Just An Idea Books, une collection qui met en lumière des artistes atypiques et des talents émergents. Elle nous raconte ici son rapport aux passions, celles qui l’animent et celles qu’elle a su faire naître.

        © Jean Picon

        Sarah Andelamn à l'exposition “Snoopy in Style : A History of Peanuts and Fashion” © Jean Picon / Astrid Staes

        Êtes-vous fan d’un personnage ou d’un artiste ? Est-ce que vous avez une fixation qui ne vous a jamais quittée ?

        S.A

        Je suis fan de Snoopy ;-)

        ©Jean Picon

        Avec vos livres Just An Idea, vous parlez de coups de cœur pour les artistes que vous présentez ; comment se transforment-ils en projet éditorial ?

        S.A

        Avec le livre, je contribue à porter le projet de l'artiste sur un format « permanent » qui peut se transmettre de génération en génération...

        Dans une précédente interview avec Goodmoods, vous expliquiez choisir ces créateurs pour leur talent brut et parce qu'aucune publication ne leur était encore consacrée. Le livre a-t-il toujours été une évidence pour ce projet ? 

        S.A

        Oui le livre reste pour moi une évidence, j'aime le papier et toute la démarche dans sa production. J'aime aussi le format d'exposition pour faire découvrir des artistes.

        Illustration : Jean Jullien

        Avec le recul, quand vous repensez à Colette, diriez-vous que c'était déjà un peu la même démarche ? Partager un travail que vous aimez avec les autres ?

        S.A

        Absolument, notre plus grand bonheur est de faire découvrir des talents, partager
        des révélations, inspirer...

        Les éditions limitées et les collaborations exclusives de Colette attiraient une

        clientèle internationale, jusqu'à provoquer une file d’attente sans fin à l'entrée du

        magasin et des ruptures de stock parfois en quelques heures. Diriez-vous que ces

        personnes étaient déjà des fans ?

        S.A

        Fans ou collectionneurs ? La sensation de rater quelque chose peut être désagréable, mais au final, avec le temps, on se rend compte que rien n'est indispensable, à part le bonheur, précieusement.

        Sarah Andelman pour MOYNAT x Kasing Lung 

        © Charr Morita / Forlee Bean

        Sarah Andelman pour MOYNAT x Kasing Lung © Instagram @moynat 28/02/26

        Dans votre travail de curation, est-ce que l'œil et le cœur vont toujours ensemble ? Peut-on choisir un objet sans en être fan ?

        S.A

        Impossible pour moi, mon coeur me guide avant tout et je ne peux participer qu'à des projets que j'aime, avec des personnes que j'admire…

        Carte Pokémon « Raincoat Pikachu » vendue à 8,4 millions de dollars

        Est-ce qu’il y a une communauté de fans qui vous intéresse ou qui vous interpelle ?

        S.A

        J'aime tous les fans, tous les passionnés, que ce soit de foot ou de Pokémon, de matcha ou de sneakers.

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        LES BONS MAUX

        [gueït-ki-ping]

        01.

        L’art de garder jalousement l’accès à une culture, une communauté ou une connaissance, en décidant qui est assez légitime pour en faire partie.

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        LE GESTE

        L'autographe

        • Texte
        • Alix Leridon

        S’attache-t-il à une œuvre, ou à une pure présence ? Héritier dévoyé de la signature en peinture, puis de la dédicace en littérature, l’autographe est le signe tangible d’une rencontre. Disons plutôt : d’un contact, aussi bref soit-il, avec une icône. Un rituel culturel, social, né avec le vedettariat moderne dès la fin du XIXe siècle, qui lie celui qui en fait la demande à celui qui le réalise. Ce qui s’offre ici est difficile à nommer ; ni œuvre, ni véritable échange, que garde-t-on vraiment de cet instant ?

        Michael Jordan © Walter Iooss Jr.

        Dans le passage du geste à l’objet, l’autographe bascule en un éclair dans le régime du souvenir, dans les deux sens du terme. À la fois artefact et cristallisation d’un moment, il appartient au monde des memorabilia : ces objets dont la valeur ne réside pas tant dans leurs propriétés intrinsèques que dans leur relation à une figure, ou à temps donné. Une relique moderne, qui n’a pourtant plus grand chose d’unique. Le geste se dilue dans la foule, et l’objet se décline à l’infini… Jusqu’à, parfois, devenir illisible. Il reste pourtant chargé d’une force étrange, quasi mystique, comme si une partie de l’idole venait se déposer dans l’objet. 

        Si le geste ne semble que rarement se soucier de la forme, s’économisant en un griffonnage rapide, certains autographes sont de véritables inventions graphiques. Celui de Diego Maradona fait date, avec son « M » aux pointes acérées, semblable à une couronne, et ce numéro 10 qui vient prolonger le nom, partie intégrante de son identité. Dans le mercato des signatures, les siennes comptent encore parmi les plus chères. C’est que posséder un autographe de celui que l’on surnomme « la main de Dieu », c’est un peu toucher au divin. 

        Même dissocié de la rencontre qui lui donnait son sens, l’autographe peut continuer de circuler comme un signe ayant sa valeur propre. Ceux d’icônes comme Diego Maradona le prouvent : reproduits, certifiés, parfois industrialisés, ils se transforment en traces monnayables.

        Autographe signé par Maradona

        La carte 1/1 de Victor Wembanyama de la série « Topps Dynasty » 2023

        Les cartes Panini autographiées et numérotées, produites loin des foules, ont toujours la cote, alors même que le geste se raréfie dans la fan culture, progressivement supplanté par le selfie. Chargé à l’origine d’une valeur essentiellement affective, l’autographe est finalement devenu un actif financier.

        Il reste en lui quelque chose d’irréductible, que le selfie ne saurait retrouver. Si l’autographe participe déjà du culte de la personnalité, posant le sceau d’un nom sur une image qui le représente, il s'accompagne aussi souvent d’un support lié à une performance : un disque ou une affiche chez les musiciens, un maillot ou un ballon chez les sportifs. Surtout, il garde la main. Et avec elle, quelque chose de l’artiste (ou de l'athlète) au travail : un tracé, un mouvement, un style. Le selfie, lui, achève de dissoudre le geste dans l’image.

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        DEUXIÈME DÉCRYPTAGE

        Easter eggs : la chasse aux références

        • Texte
        • Soège Lecoq

        Plus fort qu’une private joke, plus subtile que le fan service, l’« easter egg » est un langage à part entière dans le fandom. La mécanique transforme le public en enquêteur, récompense les plus attentifs et crée une différence entre ceux qui regardent et ceux qui savent. 

        Rue et Jules succèdent les références cinématographiques durant cette scène de la saison 2 d'Euphoria (2022), Sam Levinson 
        © HBO

        ¹ Le lore désigne l'ensemble de l'histoire, des mythes, des traditions et des règles cachées qui constituent et enrichissent un univers de fiction.

        Littéralement « œuf de Pâques » en anglais, l’easter egg désigne d’abord, en informatique, une fonction cachée, un clin d’œil ou une surprise accessible par un mot-clé, une combinaison de touches ou une série de clics. Le terme s’est ensuite propagé dans la culture populaire. Il désigne aujourd’hui ces indices, messages ou références volontairement laissés par les réalisateurs, les artistes ou les marques. Comme un œuf à déterrer, une surprise à déchiffrer. En plus d’alimenter le lore¹ d’un univers, il crée un fort sentiment d’appartenance pour celui qui le reconnaît. Dans sa forme la plus accessible, l’easter egg ressemble à un hommage. Dans sa forme la plus radicale, il passe presque inaperçu. Il ne s’adresse plus au public, mais aux initiés, et récompense les fidèles. Après le jeu-vidéo, la série, le film et le concert, il s’invite dans le lexique des marques.

        La référence : celle qui ne se cache pas

        Au cinéma, la référence est un langage courant. Les réalisateurs citent les œuvres qui les ont marqués. Stanley Kubrick occupe une place à part dans ce panthéon visuel. Ses films sont devenus des réservoirs de formes. On les retrouve partout : dans Passengers, qui reprend son imaginaire spatial et aseptisé de 2001. Dans la saison 5 d’American Horror Story, où l’hôtel Cortez semble prolonger l’Overlook Hotel de Shining. Dans Barbie, où Greta Gerwig fait apparaître sa poupée comme un monolithe pop. Dans The Substance, où Coralie Fargeat convoque les codes kubrickiens pour transformer le corps et la salle de bain en cauchemar clinique.

        The Substance (2024), Coralie Fargeat © MUBI

        2001, l'Odyssée de l'espace (1968), Stanley Kubrick 
        © Metro-Goldwyn-Mayer

        Barbie, Greta Gerwig (2023) © Warner Bros. Ent.

        Passengers, Morten Tyldum (2016) © Columbia Pictures

        La série Stranger Things a, elle aussi, fait de la référence une véritable méthode. Les vélos, les talkies-walkies, la banlieue pavillonnaire et la créature cachée renvoient à E.T. et aux films Amblin. Mais la série va plus loin. Elle convoque Carrie avec Eleven, enfant blessée dont les pouvoirs explosent sous la pression ; Alien et The Thing avec ses corps contaminés ; A Nightmare on Elm Street avec Vecna, figure de cauchemar qui attaque depuis l’esprit ; ou encore Stand by Me et Les Goonies avec la bande d’enfants livrée à elle-même. 

        E.T., l'extra-terrestre (1982), Steven Spielberg  © Universal Studios

        E.T., l'extra-terrestre (1982), Steven Spielberg  © Universal Studios

        Stranger Things (2016-2026), Les Frères Duffer © Netflix

        Même logique dans Euphoria, quand Cassie devient géante dans la ville ; la scène renvoie au cinéma de série B, à Attack of the 50 Foot Woman et à l’imaginaire Godzilla. HBO l’a même baptisée « Cassie-zilla ».


        Ces exemples relèvent de l’hommage, ils ne cherchent pas vraiment à se cacher, ils activent une culture visuelle commune. Mais dans sa forme la plus radicale, l’easter egg passe quasiment inaperçu. Il ne s’adresse plus au grand public, mais aux fins connaisseurs, et cultive les momentums de son propre univers.

        « Cassie-zilla », Euphoria (2022), Sam Levinson© HBO. 

        L’easter egg, l’élément qui distingue le stan des casuals

        Dans la culture musicale, Taylor Swift est passée maître dans l’art de l’easter egg. Les Swifties incarnent depuis quelques années l’idée de fanatisme pur : elles scrutent ses clips, ses tenues, ses posts, ses couleurs… Et engendrent un marché colossal : l’Eras Tour est devenu la tournée la plus lucrative de l’histoire avec plus de 2 milliards de recettes de billetterie, selon Pollstar. Lors de ses concerts, chaque détail peut devenir un indice. L’artiste sème elle-même des signes qui nourrissent les théories, récompensent l’attention et renforcent l’impression d’une communauté soudée. Exemple : une porte orange par laquelle elle se dérobe à la fin d’un concert, devient rapidement un sujet d’enquête sur les réseaux sociaux. Quelques semaines plus tard, la pochette de son dernier album s’avèrera orange, comme la porte.

        Dernièrement, Vince Gilligan a montré qu’il maîtrisait comme personne le clin d'œil avec Pluribus, sa dernière création télévisée. La série exacerbe ce jeu d’investigation en se contentant de planter des signes compliqués à cerner. Exemples : Carol prend un avion Wayfarer, compagnie fictive déjà liée à Breaking Bad, notamment au crash aérien de la saison 2. Elle boit du Macallan, whisky associé à Better Call Saul, notamment à Howard Hamlin. Coup de grâce : la série donne même la réplique à Tim Keller, le vrai maire d’Albuquerque qui apparaît en caméo, nourrissant la mythologie autour de cette ville qui constitue l’imaginaire propre à Gilligan. 

        Pluribus, Vince Gilligan (2025) © AppleTV

        Quand l’easter egg passe par les silhouettes

        L’easter egg passe aussi par le vêtement. Dans Barbie, les tenues de l’héroïne font référence à une véritable poupée et icône Chanel des années 90. Plusieurs looks de Margot Robbie ont été portés par Claudia Schiffer, égérie de Karl Lagerfeld. L'actrice a même confié que l’un des tailleurs d’archive portait encore une étiquette « Claudia ».

        Dans Barbie, un collier Chanel directement puisé dans les archives de la maison

        Le look Chanel des années 1990 à l’origine de la référence dans le film

        Le collier Chanel d’archive, avec ses pierres multicolores, perles et doubles C

        Dans Challengers, le costume sort de la fiction pour devenir un produit et un signe de reconnaissance entre fans. Jonathan Anderson, directeur artistique de Loewe, et accessoirement en charge des costumes du film, a fait d’un vêtement un outil symbolique dans le fil narratif. Le T-shirt « I TOLD YA » porté par Zendaya et Josh O’Connor, passe d’un personnage à l’autre, presque comme un signe de rivalité. C’est une référence directe à John F. Kennedy Jr., souvent photographié dans les années 90 avec un T-shirt similaire, notamment dans Central Park et lors de promenades avec Carolyn Bessette. JFK Jr. incarne une forme de sex-appeal américain, effortless, sportif, preppy, un peu arrogant sans en avoir l’air. Exactement ce que le film cherche à capter autour du tennis. Hors du film, il devient aussi un objet culte, porté par Zendaya pendant la promo, puis commercialisé par Loewe. 

        Challengers (2024), Luca Guadagnino © Metro-Goldwyn-Mayer

        Le produit à décrypter

        L’easter egg ne s’arrête pas aux œuvres. Les marques ont, elles aussi, intégré cette mécanique. Jeep par exemple cache depuis la fin des années 1990 un dessin à un endroit non révélé sur ses voitures : des silhouettes d’animaux, des paysages, des objets, des logos... Ces motifs sont parfois découverts plusieurs mois après l’achat. Alpine a adopté la même stratégie pour sa concept car « Beware of the crocodile Alpine Lacoste A290 Rallye », disséminant 290 de son animal totem dans la voiture, comme une chasse aux crocodiles.

        Dans les coulisses de la création « Beware of the crocodile », Alpine Lacoste A290 Rallye © Alpine

        Nike pousse encore plus loin cette logique avec SNKRS Code. Pour accéder à certaines sorties, les utilisateurs doivent retrouver un mot de passe dissimulé dans une publication, un événement, une énigme ou parfois dans la paire elle-même. Certains produits peuvent ensuite rester réservés à ceux qui ont réussi à « craquer le code ».

        Chez Patagonia, l’easter egg est engagé : en 2020, la marque imprime sous l’étiquette intérieure de certains shorts la phrase « Vote the assholes out ». Un slogan politique pensé moins comme une campagne que comme un clin d’œil adressé à ceux qui partagent les valeurs de la marque.

        Étiquette à l'intérieur des shorts de la marque Patagonia, 2020 
        © Patagonia

        À l’heure où toutes les marques prétendent créer des communautés, l’easter egg propose une forme d’appartenance plus discrète. Et en transformant la consommation en enquête, l’easter egg devient l’un des grands outils du fandom contemporain.

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        LA FORMULE

        L’avènement du fandom olfactif

        • Texte
        • Soège Lecoq

        Le parfum ne dit plus seulement qui l’on est. Il dit aussi qui l’on aime, ce que l’on regarde et à quel univers on appartient. De la K-pop aux séries cultes en passant par les petits amis virtuels, la parfumerie entre dans l’ère du fandom.

        Eilish Intense (2026), réal. Nick Walker 
        © Parlux / Billie Eilish Fragrances

        Longtemps présenté comme une signature personnelle, il était l’invisible prolongement de soi : une odeur presque propriétaire, choisie pour dire qui l’on était. Aujourd’hui, le parfum se porte aussi comme un signe d’appartenance. À mesure que l’identité se construit par affinités, l’univers qui entoure une fragrance compte dorénavant autant que son sillage. 

        De l’égérisation à la K-popisation

        Plus que n'importe quelle autre industrie, la parfumerie a toujours cultivé l’égérie. À chaque parfum, son icône : Charlize Theron a incarné J’adore pendant vingt ans avant de céder la place à Rihanna. Johnny Depp reste indissociable de Sauvage, et Dua Lipa représente Libre depuis 2019. Chanel a, de son côté, choisi Margot Robbie pour N°5 et Angèle pour Chance Eau Splendide, tandis qu’Emma Chamberlain prête désormais ses multiples personas à l’univers olfactif de Mugler... En choisissant un visage, la maison ne choisit pas seulement un beau visage, elle se constitue une aura. 


        Dernièrement, le mouvement tend à s’inverser. Ces mêmes égéries qui prêtaient leur image aux maison de luxe créent dorénavant leurs propres labels : Pleasing par Harry Styles, Ôrəbella par Bella Hadid, Tsu Lange Yor par Troye Sivan, Eilish de Billie Eilish… Chacune de ces marques transforme le capital affectif de son créateur en territoire de marque. 

        Bella Hadid avec le parfum Jasmine Blues de sa marque Ôrəbella

        Happy Accident (2025), Pleasing par Harry Styles

        Tamburins pousse cette logique un peu plus loin en cristallisant dans la parfumerie les mécanismes de la K-pop. Depuis quelques années, la marque coréenne érige des icônes du genre musical non seulement en égéries, mais en protagonistes de marque. À partir de 2022, Jennie de Black Pink a incarné plusieurs campagnes très scénarisées pensées comme des mini-fictions dans lesquelles l’artiste joue un personnage. Une mécanique qu'elle a étendue à d'autres personnalités vénérées en Corée du sud, comme l’acteur Byeon Woo-seok pour la fragrance Evening Glow, ou le rappeur Felix (Stray Kids) pour Sunshine.

        TAMBURINS X FELIX [SUNSHINE] (2025), Rigend Film / Rima Yoon. Avec Felix (Stray Kids)

        Byeon Woo-seok avec Evening Glow pour Tamburins

        Felix pour Tamburins 

        Jennie pour la campagne "The Day of Sorceress" de Tamburins

        Jennie au Haus Nowhere Seoul pour Tamburins

        Le parfum dérivé, l’univers fictif en flacon

        Alors que le parfum bascule peu à peu dans le merchandising, des marques transforment des univers graphiques et narratifs sous licence en fragrances. En 2025, Ariana Grande s’est associée à Universal Pictures pour lancer deux éditions limitées inspirées du film Wicked : Glinda Bubbly Pink et Elphaba Enchanted tandis que Coty, Netflix et Shondaland ont eux déployé une collection Bridgerton traduisant les archétypes et l’esthétique de la série en trois eaux de parfum… 

        Mais la parfumerie de niche pousse un peu plus ce momentum de l’adaptation olfactive avec des parfums qui capturent l'atmosphère d’une œuvre dans le jus. Avec The Ghost in the Shell, État Libre d’Orange transpose l’univers cyberpunk de la franchise japonaise dans une composition à la frontière du naturel et du synthétique : yuzu, jasmin, accord de peau lactée, vinyle et bois ambrés. Heretic Parfum de son côté consacre Nosferatu de Robert Eggers avec Eau de Macabre, recréant le climat froid et humide du château de Count Orlok avec du lilas fané, du pétrichor, de la violette, de l’oud et un accord d’ambre gris végétal. 

        Parfum Nosferatu par Heretic Parfum

        Affiche du film Nosferatu (2024) © Universal Pictures

        L’émotion olfactive navigue même entre passion et déraison en Chine, où le parfum s’invite dans l’univers des otome games, ces jeux de romance qui permettent aux joueuses de nouer une relation avec des personnages virtuels. Le phénomène Love and Deepspace, lancé en 2024 par le studio shanghaien Papergames, donne la mesure de cet attachement : début 2026, le jeu revendiquait plus de 80 millions d’utilisateurs et frôlait le milliard de dollars de revenus. Cette année, le studio a poussé l’immersion un peu plus loin avec une collection de fragrances associées à ses héros. Midsummer Apple, par exemple, donne une odeur à Caleb, l’un des « petits amis » du jeu, dont la pomme est déjà l’un des symboles récurrents. Le parfum n’est alors plus seulement un produit dérivé : il donne une présence physique à quelqu’un qui n’existe pas. Preuve qu'à mesure que l’identité se construit par affinités, l’univers qui entoure une fragrance compte dorénavant autant que son sillage. 

        08

        LES BONS MAUX

        [stane]

        01.

        Fan dont l’admiration dépasse le simple soutien pour devenir une forme d’engagement presque inconditionnel.

        02.

        Version connectée du fan-club : suivre, commenter, défendre et parfois partir en guerre pour son idole.

        09

        L'ANATOMIE D'UN OBJET

        La track jacket Adidas 1996 de Timothée Chalamet

        • Texte
        • Alix Leridon

        [Typologie]

        Track jacket

        [Année]

        1996

        [Marque]

        Adidas

        Timothée Chalamet à Dallas lors de la demi-finale de la Coupe du monde 2026
        © Jean Catuffe
        01

        En 1996, Aimé Jacquet, alors sélectionneur des Bleus, la porte sur le banc de l’Euro. Le 14 juillet 2026, elle réapparaît sur les épaules de Timothée Chalamet, dans les tribunes de la demi-finale France-Espagne. Le lendemain, faute de pouvoir célébrer les Bleus (un implacable 2-0 ayant balayé tous nos espoirs), la presse et les réseaux se consolent en commentant la track jacket portée par l’acteur. Une veste « presque aussi vieille que lui », ironise GQ UK. 

        Cette veste précise aurait été envoyée à l’acteur par Classic Football Shirts, référence du maillot vintage. Elle appartient à une génération de modèles qu’Adidas déploie auprès de plusieurs équipes nationales : même construction, mêmes lignes, même vocabulaire graphique. Seuls changent les couleurs et le blason. Une logique qui semble aujourd’hui paradoxale, où l’identité de chaque sélection s’exprime à travers un dessin commun. 

        Aimé Jacquet, Euro 1996 © DR

        02

        Conçue pour habiller le staff pendant l’Euro 96, elle accompagne ensuite les deux années de préparation qui mènent les Bleus vers 1998, changeant de fonction au passage. Du banc de touche, où elle incarne l’autorité technique d’Aimé Jacquet et de son encadrement, elle passe au terrain pour devenir une anthem jacket. Une veste de représentation, portée par les joueurs lors des déplacements, et jusqu’au protocole d’avant-match lorsqu’ils s’alignent pour l’hymne. 

        Staff des Bleus, 1998 © DR

        03

        Hors compétition officielle, la veste est affublée des logos Canal+ et Opel. Grâce aux archives, on peut affirmer avec certitude que les Bleus l’ont portée dans cette version au moins à deux reprises en 1997, contre le Portugal en janvier et les Pays-Bas en février. L’UEFA interdisant toute publicité commerciale sur les tenues de matchs officiels, il y a fort à parier que l’exemplaire porté par Chalamet (dépourvu de sponsor) appartienne au premier tirage, produit pour l’Euro. 

        Zinédine Zidane, 1997 © Mark Thompson

        04

        Supporter invétéré des Knicks (au point de préférer leurs playoffs au Met Gala), l’acteur a fait du sport l’une des grandes arches de son personnage public, et de son vestiaire : pièces vintage des Knicks, veste des Raiders, maillot de l’AS Saint-Etienne... Pour promouvoir Marty Supreme en 2025, il avait imaginé une track jacket à l’esthétique 90s, et l’avait envoyée à un réseau choisi de champions, dont les footballeurs Declan Rice et Lamine Yamal. En portant la veste des Bleus, c’est à son tour de réactiver un récit. Un échange de maillots symbolique, qui rappelle que Chalamet ne célèbre pas seulement une équipe, mais consacre une esthétique. Dans la culture fan, difficile de savoir à quel moment une passion devient un style. 

        Timothée Chalamet dans un veste Marty Supreme © Neil Mockford

        10

        TROISIÈME DÉCRYPTAGE

        La sosie-mania fait voir en double

        • Texte
        • Déborah Malet

        À la croisée de la culture fan et de l’économie du dupe, l’engouement pour les sosies est devenu un divertissement rentable dans l’économie de l’attention. 

        Le concours de sosies de Timothée Chalamet s'est tenu le dimanche 27 octobre 2024

        au Washington Square Park à New York, attirant environ 2 500 personnes et une foule de participants

        ¹ Séphora Talmud, Sosies en série

        Jusqu’ici cantonné aux fêtes populaires, à des prestations en discothèque et à quelques émissions de télé, le concours de sosies connaît un renouveau surprenant depuis maintenant deux ans. Dans les grandes villes américaines et européennes, et en écho sur les réseaux sociaux, on voit donc fleurir ce genre de spectacle à la plus grande joie des fans de Timothée Chalamet et Pedro Pascal. Comment expliquer cet emballement soudain ? « Le sosie est un objet culturel très révélateur de notre époque : il dit à la fois notre fascination pour l’image, la célébrité, notre goût du jeu, du déguisement, et notre besoin de remettre de la vraie corporalité dans un monde saturé de visuels fabriqués avec des stars intouchables », note Séphora Talmud¹. La consultante en communication et marketing dans la mode sait de quoi elle parle puisqu’elle est à l’initiative du site Sosies en série, qui propose « des interviews croisées de personnalités d'industries créatives à la ressemblance frappante ».

        1

        Copier / coller

        Le phénomène a d’ailleurs un lourd passif sur les réseaux sociaux : on les voit régulièrement au cœur des théories complotistes les plus folles comme en témoignent l’affaire récente du soi-disant faux Jim Carrey apparu sur la scène des César ou encore de la fausse Shakira lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, la chanteuse colombienne n’accusant visiblement pas les signes du temps, ce qui sème le doute chez certains de ses fans qui crient au sosie à chacune de ses apparitions publiques. 

        Mango Eté 2026

        ¹ Un doppelgänger (ou doppelganger) est le double fantomatique, le sosie ou l'alter ego maléfique d'une personne vivante issu du folklore germanique.

        Récemment, c’est la présence, assumée, de sosies sur la scène mode qui fait parler. Dans les campagnes publicitaires et défilés, le doppelgänger¹ a là aussi le vent en poupe. Vous avez cru voir Zendaya dans la campagne été 2026 de Mango ? Erreur. Même si on ne peut clairement pas affirmer que la marque joue consciemment sur cette ressemblance, le doute est là. « Le sosie, c’est l’appropriation du mythe à prix réduit. Il permet aux marques de jouer avec le pouvoir de l’icône, sans passer par un très rigide et onéreux contrat d’ambassadeur. C’est une manière de capter l’aura d’une célébrité, tout en gardant une marge de manœuvre budgétaire et créative, et bien sûr d’attirer l’attention des consommateurs », souligne Séphora Talmud. La marque de bagagerie Away a ainsi tourné à son avantage les fameux « look alike contests » en utilisant dans sa campagne virale fin 2024 les doubles des acteurs Dev Patel, Jeremy Allen White et Thimotée Chalamet. Avec pour message publicitaire : « Même les sosies voyagent avec l’original ».

        2.

        Plus vrai que nature

        « On joue sur la notion de simulacre, d’authenticité, de vrai/faux, qui sont des thèmes profondément ancrés dans la mode contemporaine. Plutôt que d’aller chercher les mêmes visages que tout le monde, certaines maisons préfèrent choisir une version décalée, plus frondeuse, qui colle mieux à une communication dite disruptive. » En 2020, Demna Gvasalia pour Vetements avait fait défiler un faux Snoop Dogg ainsi que des sosies de Mike Tyson, Naomi Campbell, Angelina Jolie et Kate Moss. Le sosie de cette dernière, Denise Ohnona plus connue sur Insta sous le nom de @iamnotkatemoss, a depuis défilé pour la collection automne-hiver 2024-2025 de la créatrice Marine Serre qui, elle, avait déjà semé le trouble en faisant appel à une sosie de la mannequin Clara Berry (et de son chien !) pour sa collection printemps-été 2020. 

        À l’avant-garde, Kanye West s’était plié à cet exercice pour une campagne virale de sa marque Yeezy season 6 dès 2018  mettant notamment en scène Paris Hilton grimée en Kim Kardashian : « Fabriquer une telle surprise offre aux marques un énorme earned media (des retombées médiatiques organiques, ndlr) », avance Séphora Talmud.

        Denise Ohana au défilé Marine Serre FRW 24/25
        © Arnel del Gente

        Paris Hilton pour la campagne Yeezy Season 6

        3.

        La culture du dupe

        Impossible de ne pas faire le rapprochement entre le recours aux sosies et le boom du dupe. « Il y a clairement une filiation. On duplique tout : les produits (parfums, sacs, rouges à lèvres…), les looks, les personnes… L’important n’est plus d’être l’original absolu, mais d’être suffisamment reconnaissable pour activer la bonne référence culturelle », affirme Séphora Talmud. C’est également sur la vague du dupe qu’a surfé le créateur américain Alexander Wang, au lourd passif réputationnel post #Metoo, pour faire son come-back médiatique : « Sa campagne en 2024 avec des profils déjà très suivis sur TikTok et Instagram pour leur ressemblance avec des stars, comme Paige Niemann, sosie d’Ariana Grande, ou Ashley Leechin, sosie de Taylor Swift, joue sur cette ambiguïté de manière très explicite : la légende du post Insta était « 100% certified authentic », pour promouvoir son sac Ricco, clin d’œil à son sac Rocco des années 2010. Résultat : une visibilité maximale sans payer ni gros cachet, ni droit à l’image … » En parlant de droit à l’image, on se souvient du cas Cetelem et sa saga publicitaire mettant en scène un double de Michel Polnareff, et qui s’est terminé par une condamnation de la marque par le chanteur.

        Plus récemment c’est la marque Ohmu qui s’est emparée de la culture du dupe pour faire face aux nombreuses copies de son célèbre canapé « Teddy ». En reprenant avec humour les codes de la contrefaçon, la marque a vendu sur des plateformes comme Temu ou Dupe.com quelques exemplaires d’un « Tedy » orange clinquant à prix bradé. Ce pied de nez s’est accompagné d’une campagne qui pousse le curseur en faisant appel à des sosies de célébrités pour jouer le rôle de « dupefluenceurs », des créateurs de contenus qui mettent en avant les meilleures copies de produits tendances. L’auto-imitation apparaît alors comme une technique marketing pour valoriser un original et, plus largement, un savoir-faire.

        © OMHU

        © OHMU

        4.

        Cosplay de fan

        Si cette sosie mania est aussi désirable et bankable, c’est grâce aux communautés de fans. Reprenant l’exemple des concours de sosies, Séphora Talmud en parle comme du « stade ultime de la gamification de la ressemblance : les fans ne se contentent plus de liker ou de partager une image de leur idole, ils deviennent l’image. Ce type de rassemblement reste bon enfant, sans confusion commerciale, mais il souligne l’effacement de l’original au profit de l’archétype. On est passé du fan qui collectionne des posters de sa star préférée au fan qui s’approprie le visage et la dégaine d’une égérie, tel un filtre Instagram vivant. » Sans parler des tutoriels qui abondent sur les réseaux sociaux pour se maquiller comme sa star favorite… Mais la puissance des fandoms réside surtout dans le fait qu’ils peuvent changer de narratif. Dernière preuve en date, les fans LGBTQI+ de Pitbull qui ont poussé le mimétisme jusqu’à assister à ses derniers concerts, flanquées d’une fausse calvitie et d’une barbichette. Iels ont ainsi renversé le cliché du fan de base, masculin ascendant viriliste, pour faire du rappeur américano-cubain une icône queer, à la surprise générale. 

        Fans de Pitbull ©Ayesha Kazim

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        LE LOGORAMA

        Le batteur de la Major League Baseball

        • Texte
        • Alix Leridon

        C’est peut-être le batteur le plus célèbre du baseball américain. Silhouette blanche sur fond rouge et bleu, le joueur en plein swing du logo de la Major League Baseball rassemble depuis plus d’un demi-siècle tous les supporters du pays. 

        C’est le passe-temps de l’Amérique, « America’s pastime ». Après la guerre de Sécession, alors que le pays cherche à reconstruire son identité et à trouver un ciment collectif, le baseball s’impose comme l’un des mythes fondateurs de l’Amérique moderne. C’est d’ailleurs depuis ses gradins que serait né le mot « fan » à la fin du XIXe siècle. Abréviation de fanatic, la presse l’adopte alors pour désigner son insatiable public.

        Née en 1903 de l’union des deux grandes ligues de baseball professionnel américaines, la Major League Baseball devient l’institution chargée d’incarner ce sport national. Il faudra pourtant attendre 1968 pour qu’elle se dote d’un logo. C’est à l'occasion du centenaire du baseball professionnel que la ligue confie à l’agence new-yorkaise Sandgren & Murtha la création de son emblème. Derrière sa silhouette iconique, le graphiste Jerry Dior, qui l’aurait réalisé en un après-midi.

        The Sporting News, 1968

        Anonyme, le batteur de la MLB représente tous les joueurs, et chaque fan peut y reconnaître son propre héros. Contrairement à la rumeur très répandue selon laquelle il s'agirait de Harmon Killebrew, la silhouette a en réalité été dessinée à partir des photographies de différents athlètes. Figé en plein élan, c’est la promesse du jeu et la beauté du geste qu’elle incarne. Depuis sa création, il n’a subi presque aucune modification : seules ses couleurs, celles du drapeau américain, ont été un peu foncées. Un modèle si puissant que d’autres ligues, comme la NBA, s’en sont inspirées.

        © Majestic

        Brodé au dos du col ou sur la manche des maillots des différentes équipes franchisées, porté par chaque joueur, chaque arbitre et chaque entraîneur, il est l'un des rares emblèmes capables de dépasser les rivalités locales pour rassembler toute une communauté. C'est peut-être là sa véritable force de frappe : faire de trentes équipes rivales les pièces d'un même récit national.

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        LA PAUSE
        POP-CORN

        Les Nevarro Nummies de Grogu

        Texte Soège Lecocq

        Les « Nevarro Nummies », ces macarons bleu turquoise que Grogu dérobe grâce à la Force dans The Mandalorian (saison 2, épisode 4) sont instantanément devenus iconiques. À tel point que Lucasfilm a publié la recette officielle sous le nom de Blue Milk Mando Macarons avant de proposer une version commerciale, celle qui a donné son nom officiel :
        les Nevarro Nummies. 

        Dans cette scène, l’apprenti Jedi, que les fans avaient d’abord surnommé « Baby Yoda » pour sa ressemblance au personnage iconique de la saga Star Wars, vole les biscuits d’un camarade de classe, avec un mélange d’innocence, de gourmandise et de fourberie. Rapidement transformé en GIF par les internautes, le larcin est devenu culte, et résume en une séquence le capital affectif unanime du personnage. 

        The Mandalorian (saison 2) © Lucasfilm Ltd. / Disney+

        Coques

        • 1 tasse de farine d’amandes
        • 1 tasse de sucre glace
        • 1/2 c. à café de sel
        • 3 blancs d’œufs
        • 3/4 tasse de sucre
        • 1/2 c. à café de vanille
        • 2 à 3 gouttes de colorant bleu


        Garniture

        • 115 g de beurre doux
        • 1,5 tasse de sucre glace
        • 3 c. à soupe de crème épaisse
        • 1/2 c. à café de vanille
        • 1 goutte de colorant bleu
        • 2/3 tasse de confiture de framboises

        Recette

        Nevarro Nummies

        Préparation

        60 min

        01.

        Tamisez ensemble la farine d’amandes, le sucre glace et le sel.

        02.

        Montez les blancs en neige. Ajoutez progressivement le sucre, puis la vanille et le colorant.

        03.

        Incorporez délicatement les ingrédients secs jusqu’à obtenir une pâte lisse formant un ruban.

        04.

        Pochez de petits cercles sur une plaque recouverte de papier cuisson. Tapez la plaque pour retirer les bulles d’air, puis laissez reposer 40 minutes.

        05.

        Faites cuire 12 à 15 minutes à 150 °C. Laissez refroidir.

        06.

        Fouettez le beurre avec le sucre glace, puis ajoutez la crème, la vanille et le colorant.

        07.

        Garnissez une coque d’un cercle de crème au beurre et d’un peu de confiture de framboises. Refermez avec une seconde coque.

        13

        LA LEÇON

        Le fandom sportif à l'heure du YouTube game

        • Texte
        • Soège Lecoq

        Du GP Explorer à la Fléchettes Cup, les créateurs de contenu transforment leurs communautés en foules bien réelles. Plus que de simples compétitions sportives, ces événements inventent un nouveau modèle de fandom, fondé sur la proximité, l’appartenance et la force du collectif. Avec, à la clé, une nouvelle manière de penser le sponsoring pour les marques partenaires.

        Le 5 octobre 2025, plus de 1,4 million de spectateurs ont suivi en direct sur Twitch la troisième et dernière édition du GP Explorer, organisée au Circuit Bugatti du Mans. Un record francophone de visionnages simultanés. Sur place, 200 000 personnes se rendaient au circuit sur trois jours, avec un pic de 80 000 spectateurs le dimanche.

        Via Instagram @circuitdes24heures

        Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter à l’automne 2022. Le 8 octobre, Squeezie lance la première édition du GP Explorer : une course de Formule 4 portée par un YouTubeur français, diffusée sur une plateforme de streaming, et pleinement assumée comme une version amateur d’un Grand Prix de Formule 1. Au volant, des streamers, dont certains n’ont pas encore le permis (Seb) d’autres, comme Sofyan, n’ont presque jamais touché un volant. Pierre Chabrier et Sylvain Levy viennent bien d’une chaîne dédiée à l’automobile, mais l’essentiel reste ici : tous sont amateurs, tous apprennent et découvrent la violence physique d’une voiture filant à 250 km/h.

        Bande-annonce du GP Explorer 3 (2025), Théodore Bonnet © Unfold Production

        Six semaines plus tard, AmineMaTue répond avec le Eleven All Stars. Pour la première édition, des personnalités d'Internet françaises et espagnoles s'opposent avec un match aller le 19 novembre 2022 au stade Jean-Bouin de Paris : il bat le record de Squeezie avec un pic à 1 155 060 téléspectateurs.

        Le concept fait rapidement des émules car en l'espace de trois ans, une suite d'événements créateurs réinvente l’écosystème du fandom français. Le DTR Fight de RebeuDeter en décembre 2024, le Crunch Creator de Djayson Karavane, la Fléchettes Cup de LeBouseuh en mai 2026. Et bientôt, le projet Fokus de Kaatsup, dont les contours restent encore mystérieux.

        Ils ne le savent pas encore, mais ils viennent d'inventer un nouveau modèle de fandom. Car dans le milieu sportif traditionnel, l'institution précède la communauté : le club existe, accumule une histoire, une géographie, des titres, et autour de lui se constitue progressivement un public de fidèles. Or, le modèle creator inverse totalement ce schéma, la communauté n'est pas le résultat du projet mais la condition. 

        1.

        Le retour de la présence dans un monde de stream

        Ces évènements, s’ils sont nés sur Youtube et Twitch, ont cette force de passer de l'écran au réel. La compétition de fléchettes organisée par LeBouseux montre que la communauté rassemble autour de n’importe quelle discipline, même la plus niche. Loin d’être un sport-monde, le jeu de pub britannique, longtemps cantonné aux écrans de télévision du vendredi soir, a fait carton plein. Les mille places s'écoulent en quelques minutes. LeBouseuh intègre même le public à l'expérience, en organisant un concours de déguisement qui lui redonne une place dans le spectacle.

        Les lieux qu’ils mobilisent rendent le fandom tangible. Le mythique circuit Bugatti pour le GP Explorer. Le Parc des Princes pour le Eleven All Stars. La Paris La Défense Arena pour le DTR Fight. Un stade de Bordeaux presque complet pour le Crunch Creator… Une communauté dispersée sur des milliers d'écrans se retrouve dans un même espace et respire le même air. Ce qu’ils vendent n’est pas tellement un sport, mais le sentiment d'être là, ensemble, autour de quelqu'un qui vient du même monde. 

        2.

        Le renversement du lien parasocial

        Donald Horton and R. Richard Wohl, « Mass Communication and Para-Social Interaction: Observations on Intimacy at a Distance », Psychiatry n°19, no. 3 (1956): 215–229

        En 1956, Horton & Wohl théorisaient déjà la façon dont les médias de masse créent une illusion d'intimité : le fan développe le sentiment de connaître la personnalité médiatique, dans une relation structurellement unilatérale bien que vécue comme réciproque. Or avec ces événements, les youtubeurs court-circuitent cette illusion. 


        Squeezie, Amine, RebeuDeter, LeBouseuh ont entre 25 et 35 ans. Ils ont grandi avec les mêmes jeux vidéo, les mêmes memes, les mêmes galères de banlieue ou de ville moyenne. Ils viennent d'Internet, comme leur public. Le fan regarde quelqu'un qui a réussi avec lui, depuis le même point de départ. Ce que les sociologues appelleraient une homophilie de classe et de génération : on s'attache à ceux qui nous ressemblent. Et ici, la ressemblance n'est pas simulée.

        Ce que cherchent les spectateurs sur YouTube et Twitch, c'est justement ce que le sport institutionnel n'arrive plus à offrir aussi clairement : l'interaction, la proximité, les coulisses. Chaque participant revient sur les dessous de la compétition sur sa propre chaîne, avec le même naturel que ses débuts. 

        D’ailleurs pour ces évènements, pas question de changer de ton, ni dans la participation, ni dans la communication. Ils gardent les mêmes codes, les mêmes références, le même sens de l'humour, et forcément aussi les mêmes placements de produit.

        Maghla (1,3 M followers) et Léa Elui (10M followers) ont fait équipe ensemble au sein de l'écurie Sol de Janeiro lors du GP Explorer 3 en octobre 2025

        3.

        La mutation du sponsoring à l'ère du fandom creator

        Ce modèle enclenche une transformation du sponsoring. Le GP Explorer 3 aligne plus d'une quarantaine de marques partenaires réparties par niveau d'engagement. Les marques de beauté investissent les écuries féminines : Sol de Janeiro devient l’équipe de Léa Elui et Maghla, Erborian de Cocotte et Baghera. Lego sponsorise les voitures de Maxime Biaggi et Djilsi, Netflix d'Amine et Squeezie. La Fléchettes Cup, elle, s'associe à Capri-Sun, marque de l'enfance et de la nostalgie, signal culturel autant que commercial.

        Une approche fine du sponsoring puisque de cette façon, la communauté ne subit pas le message, mais l'intègre. Le sponsor entre dans un univers de ferveur partagée, et qui y est accueilli parce que sa présence a été choisie par quelqu'un en qui la communauté a confiance.

        C’est aussi une alliance sur la durée, car la présence ne se limite plus à un panneau au bord d'une piste ou à une collaboration commerciale lancée ponctuellement en ouverture de vidéo. Celle-ci commence des mois avant, la marque s’invite dans chaque live d'entraînement et se prolonge bien après la course. Certaines reviennent édition après édition, transformant le sponsoring en partenariat de fandom. C’est peut-être là que se joue la bascule la plus intéressante pour les marques. Dans un paysage saturé de contenus, la valeur ne vient plus seulement de la visibilité, mais de l’appartenance.

        Au fond, ces événements racontent un déplacement du cœur du fandom. Le public ne se contente plus de regarder une compétition : il suit une bande, achète une place pour vivre, en réel, ce qu’il suit depuis des années en ligne. Le fandom creator n’a pas remplacé le sport traditionnel. Il a simplement rappelé une chose essentielle : avant d’être une audience, un public est un groupe qui veut se reconnaître.

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        LE BILLET D'HUMEUR

        Parfois dans la vie, 
        des êtres et des choses
        semblent si aimables 
        qu’on se croit tout seul 
        à les aimer tant   
        mais qu’on est heureux 
        – comme c’est étrange –
        d’être des milliers 
        à les aimer tant
        je suis fan d’Homère 
        et du Vendée Globe
        je suis fan des phares 
        les nuits de tempêtes
        de la confiture
        de myrtilles sauvage
        et de Bad Bunny
        très fan de Venise 
        et de Venaco
        (le village en Corse 
        où vit ma grand-mère)
        j’aime ceux qui aiment 
        plus fort que les autres
        et je peux donc dire 
        que sauf exceptions :
        je suis toujours fan 
        de ceux qui sont fans.

        Victor Pouchet

        Victor Pouchet est poète et romancier. Son dernier roman, Voyage voyage, est paru aux éditions Gallimard en 2025.